Charles-Eric Guerrier — représentant indépendant du propriétaire à Paris, depuis 2023.
Ce métier s’est dessiné, dossier après dossier, sur la même faille : un propriétaire à Brooklyn, à Singapour ou à Dubaï, et un chantier à Paris qui avance sans lui. Pas par malveillance — par gravité. Le travail se fait sur place, les décisions se prennent à six mille kilomètres, et entre les deux, l’information se déforme. Petit à petit, le chantier décide à votre place. Les devis enflent. Les délais glissent. On vous dit ne vous inquiétez pas — et c’est précisément à ce moment-là qu’il faut commencer à regarder.
Mon cadre de travail, à Paris, est simple. Sur votre projet, je travaille pour vous et pour vous seul. Mes honoraires me viennent de vous, fixés par écrit — et c’est cela qui aligne mes intérêts sur les vôtres, du premier café que nous prendrons ensemble au soir de votre première nuit dans l’appartement.
Concrètement, je commence à travailler avant la promesse de vente. Je lis ce qui doit l’être : le règlement de copropriété, les derniers procès-verbaux d’assemblée, les diagnostics, le certificat de la loi Carrez — et les signes discrets qu’une seule visite ne livre pas. Je vous rends une page : on avance, on avance sous conditions, on renonce. Une fois l’achat décidé, je vous présente un ou plusieurs architectes, ou une entreprise générale, choisis parmi des professionnels avec qui je travaille. Vous traitez avec eux en direct, à leurs tarifs. Je ne perçois rien d’eux — ils vous facturent, vous les réglez. Pendant les travaux, je relis ligne à ligne chaque devis qu’ils vous remettent, et je vous signale ce qui m’interpelle. Je passe sur le chantier chaque semaine, je le photographie, et vous recevez par mail le cahier du chantier : photographies datées, décisions en attente, écarts signalés au MOE. Je prends les décisions que votre mandat m’autorise à prendre, je rédige la note de pré-réception — l’écrit pièce par pièce qui prépare le procès-verbal officiel — et je vous transmets pour signature tout document que le maître d’œuvre me remet à votre intention. C’est vous, ensuite, qui signez avec votre maître d’œuvre. La coordination des corps d’état est de la responsabilité de la maîtrise d’œuvre que vous avez retenue ; mon métier, lui, est de lire, de rapporter, de vérifier, d’alerter.
Je travaille seul, depuis Paris, avec une adresse, un numéro direct, un visage. Personne d’autre ne reprend votre dossier. Ce que je sais, je vous le dis ; ce que j’ignore, je le cherche ; ce que je devine, je vous le signale. Ce n’est pas une prestation — c’est un mandat.
Vingt ans d’architecture d’intérieur, principalement résidentielle, avant que ce métier ne se resserre sur le mandat AMOA que je tiens aujourd’hui depuis Paris. Les premières années se sont passées entre l’Afrique et l’Asie — j’y ai grandi, et c’est aussi là que s’est jouée la plus grande partie de ma vie professionnelle, avec une entreprise fondée et menée aux Philippines. Paris, je l’ai choisi : ce n’est pas un point d’origine.
Ce parcours m’a laissé deux choses. La première : une habitude de travailler avec des propriétaires installés sur plusieurs fuseaux horaires. La seconde : une curiosité longue, intacte, pour les cultures qui ne sont pas la mienne — c’est ce qui me rend le pont entre un propriétaire installé à l’étranger et un chantier parisien tout à fait naturel à tenir.
Le mandat que je tiens aujourd’hui prolonge cette manière de faire : laisser leur place aux gens compétents qui font le travail — architectes, entreprises, artisans parisiens — et me tenir, moi, à la position exacte que le propriétaire attend que je tienne. Rien de plus, rien d’autre.